Qui a inventé le distributeur automatique de billets ?

histoire du distributeur automatique

La réponse dépend de ce qu’on entend par « inventer ». James Goodfellow, inventeur écossais né en 1937, est officiellement reconnu par le gouvernement britannique comme l’inventeur du distributeur automatique moderne : il a déposé son brevet au Royaume-Uni le 2 mai 1966, décrivant l’association d’un jeton codé à un code PIN à plusieurs chiffres. John Shepherd-Barron est l’homme derrière la première machine opérationnelle ouverte au public, installée par Barclays à Enfield Town (nord de Londres) le 27 juin 1967. Ces deux noms circulent dans les sources parce qu’ils décrivent deux choses différentes : déposer un brevet sur le concept, et livrer une machine en service.

Deux inventeurs, deux étapes distinctes

Goodfellow travaillait pour la société Smiths Industries lorsqu’il a conçu son système. Son brevet de 1966 pose le principe qui définit encore aujourd’hui le DAB moderne : une identification par code personnel associée à un support physique. C’est ce brevet que le gouvernement britannique retient pour lui attribuer la paternité du concept.

Shepherd-Barron, lui, était directeur général de l’imprimerie De La Rue. C’est Barclays qui a signé avec lui pour déployer la première machine. Faute de cartes plastiques disponibles à l’époque, le système fonctionnait avec des chèques imprégnés de carbone 14, que la machine détectait avant de comparer la vérification à un code d’identification. Le montant disponible était plafonné à 10 £ par heure. C’est l’acteur Reg Varney qui a effectué le premier retrait public, le 27 juin 1967, devant l’agence Barclays d’Enfield.

Shepherd-Barron n’a jamais fait breveter son invention et n’en a pas tiré fortune. Il est décédé en mai 2010. En 2005, il avait reçu l’OBE (officier de l’ordre de l’Empire britannique) « pour ses services aux banques en tant qu’inventeur du distributeur automatique de billets » — une distinction qui a durablement ancré son nom dans les sources populaires, sans pour autant trancher la question du brevet, qui reste attribuée à Goodfellow. Goodfellow, de son côté, n’aurait reçu que 15 dollars pour son invention, selon l’agence Xinhua — le contexte exact de cette cession reste peu documenté.

Critère James Goodfellow John Shepherd-Barron
Contribution Brevet du concept (jeton codé + code PIN) Première machine déployée au public
Date clé 2 mai 1966 (dépôt du brevet UK) 27 juin 1967 (ouverture Enfield Town)
Reconnaissance officielle Gouvernement britannique (inventeur du DAB moderne) OBE 2005
Brevet déposé Oui Non

Simjian et le Bankograph : un précurseur sans distribution de billets

Certaines sources font remonter l’invention du DAB à 1939, en citant Luther George Simjian, concepteur américain d’origine arménienne. Son appareil, le Bankograph, permettait effectivement d’effectuer des transactions financières de façon automatisée : il acceptait des dépôts en monnaie, en espèces et en chèques. Il n’a jamais distribué d’argent. C’est précisément ce point qui l’exclut de la définition du distributeur automatique de billets.

Simjian avait déposé une vingtaine de brevets liés à son dispositif et convaincu la City Bank de New York (aujourd’hui Citibank) de mener un essai. Après six mois d’exploitation expérimentale, la machine a été démontée. L’expérience s’est arrêtée là, sans suite industrielle ni mécanisme de rendu d’espèces comparable à ce que développeront Goodfellow et Shepherd-Barron deux décennies plus tard.

Le Bankograph est un précurseur des équipements bancaires automatisés, pas un distributeur de billets. La question « qui a inventé le DAB » commence réellement en 1966, avec le brevet de Goodfellow.